[ LES NEWS ] Evénementiel Sept off 2005
Carnet de voyages :
Elizabeth Cosimi est une jeune photographe née en 1976 à Marseille. Après des études universitaires d’archéologie à Arles et à Bologne, elle choisit la photographie. Après un séjour en Sardaigne de plusieurs mois, elle expose ses “Correspondances Sardes été-hiver" au Sept'Off 2004. À la suite de cette exposition, elle obtient une bourse "Défi Jeune" de Jeunesse et Sports pour réaliser un nouveau projet photographique. Le Sept'Off est également partenaire de son projet. Son projet intitulé “Complexus“ consiste à réaliser un reportage à caractère social sur le thème de l’insularité méditerranéenne et d’apporter un témoignage contemporain sur cette identité insulaire dans le contexte de l’élargissement de l’Europe. Elle est partie le 13 Juillet de Gênes direction la Sicile, Malte, les îles grecques et Chypre. Elle nous envoie son carnet de voyages au fur et à mesure de ses avancées et de ses possibilités. Cette cyber exposition évolutive s’achèvera à son retour prévu au mois de Novembre.
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12 : Chypre ou le grand mensonge de L’Europe
Les demandeurs d’asile sont actuellement 12 000 en République
Chypriote
Grecque. Ils sont de plus en plus nombreux à franchir clandestinement
le
seuil de l’Europe par la partie nord de l’île. Ils traversent
la ligne verte soit
par l’intermédiaire des passeurs qui pour environ 400 dollars
les transportent dans les coffres des voitures, soit par leur propre moyen
ce qui est beaucoup plus risqué mais aussi moins cher. Cela leur coûte
la plupart du
temps une jambe cassée. Tout près du check point de “Ledra
Palace, se
trouve un parc dans la zone turque qui a pignon sur rue sur la zone grecque.
Vue de Nicosie sud à travers les grillages du parc de Nicosie Nord situé dans le secteur de Ledra. Beaucoup de clandestins ont tenté leur chance en escaladant ce grillage et en sautant le mur haut de 8 mètres. A mi Chemin entre l’orient et l’occident, voisine de l’Egypte, de la Palestine et de tous les pays du moyen orient qui connaissent actuellement de nombreux troubles politiques, proche des pays asiatiques, Chypre est pour les hommes et les femmes originaires de ces pays la première porte d’entrée de l’Europe par où il est plus facile d’arriver en obtenant un visa de la Turquie. C’est une nouvelle aire de transit sur la route des droits de l’homme. Chypre prend alors les allures d’une île cosmopolite. Après le tourisme, l’immigration est devenue une nouvelle source de revenu pour les Chypriotes. Les rues de Nicosie sont animées grâce à la présence des communautés venant des quatre coins du monde: Nepal, Inde, Bengladesh, Palestine, Iran, Irak, Syrie, Khurdistan, Soudan, Congo, Cameroun, Niger, Ghana. Mais le “meltingpot” que l’on rencontre sur les trottoirs des villes de Chypre n’est en fait qu’une apparence. Seuls les pavés des rues supportent les étrangers, aux terrasses des cafés on n’aperçoit seulement les touristes ou les chypriotes. C’est en fait sur ce nouveau territoire européen que s’accumulent les problèmes de survie pour les demandeurs d’asile et les étudiants non ressortissants de l’Union Européenne. Actuellement la loi chypriote grecque ne les autorise plus à travailler normalement.
Photo 2: La journée les étrangers viennent “tuer le temps” sur les bancs publics de Nicosie, la plupart sont des demandeurs d’asile et n’ont pas le droit de travailler en ville. Les demandeurs d’asile ont seulement le droit de travailler dans les fermes ou les champs pour un salaire de 150 pounds (environ300 euros) par mois. Ceux qui acceptent ces travaux agricoles deviennent alors des esclaves. Georges originaire du Congo se retrouve actuellement dans cette situation. Il travaille 7 jours sur 7 de 5h00 à 22H00 dans une ferme située aux environs de Limassol. A lui seul il s’occupe de 284 chèvres . Son patron ne lui accorde aucun répit, il n’a même pas la possibilité de se rendre en ville. Lorsqu’il a besoin d’acheter quelque chose son employeur s’en charge, c’est d’autant plus facile que c’est lui qui gère le compte en banque de son employé. Georges est tout fait à conscient du traitement qu’on lui inflige mais il accepte son sort en attendant des jours meilleurs. - « Je porte la croix c’est le temps de la souffrance mais bientôt je porterais la couronne. » En fait il n’a pas vraiment le choix, cet emploi est légal, il a signé un contrat et veut éviter tout problème avec les autorités chypriotes. En théorie il pourrait porter plainte au « Labor Office » le bureau du travail qui a pour mission d’aider les personnes à trouver un emploi et qui apparemment ferme aussi facilement les yeux sur les conditions de travail des immigrés. La plupart des demandeurs d’asile pour échapper à ce sort préfèrent rester à l’ombre au frais dans les villes loin des fermes, ainsi les opportunités de travail que le « Labor Office » leur propose et qu’ils sont obligés d’accepter sont minimisées. Ils préfèrent travailler au noir de temps en temps même si cela présente des risques considérables. Les étudiants comme les demandeurs d’asile n’ont pas d’autre choix, le niveau de vie est très élevé à Chypre (une fois et demi de plus que la France). La politique d’immigration à Chypre manque de cohérence L’aide institutionnelle du ‘Welfar’ qui correspond à une allocation mensuelle versée à chaque demandeur d’asile est un droit pour tous qui cependant dans la pratique semble très difficile à obtenir. Chaque mois les demandeurs d’asile livrent une bataille acharnée avec les services de l’immigration de l’état pour obtenir cette allocation qui s’élève à 208 pounds (l’équivalent du RMI en France). Dans la pratique les critères pour pouvoir l’obtenir sont très arbitraires. Une des conditions essentielles à remplir est celle de pouvoir se débrouiller en grec ou en anglais. Sans ce premier signe de distinction l’obtention du Welfar est alors une cause perdue d’avance. « Ici tu n’est rien » témoignent Ibrahim étudiant, ou Sylvain, demandeur d’asile tous les deux originaires de la Côte d’Ivoire de leur chambre de « l’hôtel Alexandria » située à Nicosie prés de la ligne verte à côté de la mosquée…..
Hôtel Alexandria, ici cohabitent les étudiants et demandeurs d’asile. Tu payes un loyer de 150 livres chypriotes par mois pour une chambre qu’on partage souvent à deux ou à trois dans des conditions plus que vetustes ». Il y a effectivement de nombreuses maisons et immeubles transformés en hôtel aux abords de la ligne verte à Nicoisie. « Les chypriotes n’ont aucun respect pour les êtres humains. A longueur de journée lorsqu’ils s’adressent à nous ils nous traite de nègre mais cela ne les empêche pas de nous soutirer le maximun d’argent . Le gouvernement ferme les yeux, il te dépouillent et ensuite il te renvoient chez toi. »
Malik, étudiant d’origine indienne étudie à la lueur des bougies, il partage cette chambre sans électricité avec deux autres amis étudiants pour un loyer de 150 pounds par mois (300 euros) Mais le plus grand paradoxe de Chypre en matière d’immigration, c’est qu’il n’existe pas de camp de rétention pour les sans papiers qui arrivent sur le territoire . Une fois qu’ils se sont présentés aux autorités chypriotes pour faire une demande d’asile ils peuvent circuler librement en attendant que la commission les appelle et examine leur cas. Certains sont là depuis 3 ans voir même 10 ans, et ils attendent toujours leur convocation.
Immeuble de Trikoupi, situé aux abords de la ligne verte A.. demandeur d’asile d’origine soudanaise, est arrivé clandestinement à Nicosie par la partie nord et son ami H…Sans possibilité de travail, cet étudiant originaire du Bengladesh doit abandonner les études. A côté de cela il existe à Chypre « un couloir de la détention » qui pourrait être comparable au couloir de la mort, où les conditions d’enfermement semblent être pires qu’à Malte. « Bloc Ten » est un bâtiment situé dans l’enceinte de la prison de Nicosie où des personnes en situation irrégulière sont incarcérées pour une durée indéterminée jusqu’à leur déportation. Les personnes qui se trouvent dans ce cas sont celles qui sont directement interceptées par la police alors qu’elles tentent de franchir clandestinement la partie grecque ou les demandeurs d’asile pris en flagrant délit d’activité professionnelle illégale. « Bloc Ten » est pour les hommes, les femmes moins nombreuses, sont amenées dans un poste de police situé aux environs de Nicosie. Mais la procédure est la même. Les conditions de détention deviennent tellement insupportables qu’ils finissent tous par signer la feuille de retour au pays. Fotsho, d’origine camerounaise est incarcéré depuis neuf mois au « Bloc Ten ». La police l’a attrapé à l’aéroport de Larnaca, il détenait un faux passeport français. Il a décidé de faire la demande d’asile de la prison, c’est la seule chance qui lui reste. Il semble épuisé. Dernièrement il a réussi à obtenir son transfert de la prison de Larnaca au « Bloc ten » de Nicosie, après avoir conduit une grève de la faim pendant 10 jours . « Actuellement nous sommes 72, ici c’est pire que la prison.Nous sommes trois par cellule, il est impossible de sortir pour se dégourdir les jambes ou prendre l’air. J’ai fait une demande d’asile mais la personne qui s’occupe de mon dossier me dit que cela ne servira à rien. Je suis là depuis 9 mois. La police fait pression sur nous jusqu’à ce qu’on craque et qu’on demande de rentrer au pays » Empêcher des personnes de passer une frontière, d'entrer sur un territoire, les assigner à"résidence" soit légalement soit par harcèlement policier, les enfermer pour s'assurer de la possibilité de les renvoyer, les emprisonner pour les punir d'être passé, telles peuvent être, parmi d'autres, les multiples formes de cette "Europe des camps". Aujourd’hui en Europe, les camps d’étrangers vont de la prison, aux insulaires centres de rétention construits au gré des naufrages ou des débarquements comme les “Centri di permanenza temporanea” italiens ou les camps-tampons de Lampedusa ou de Malte situés entre l'Union européenne et les régions d'origine des migrants. Une des fonctions essentielles de ces lieux est la mise à l’écart physique et juridique des étrangers pour les rendre invisibles. Hafiz, Omar, Moktar, Ibrahim et tous les autres demandeurs d’asile rencontrés dans ce périple croyaient devenir libres en Europe. Ici où “l’on pensaient trouver les droits de l’homme” le temps est suspendu. Dans une chambre, une cour interieure ou derrière des barreaux, ils attendent que le verdict des administrations leur redonne une identité et surtout un peu d’espoir dans l’idée que la liberté existe quelque part sur cette terre….
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