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[ Gérardpierre ]
Hommage à un pionnier de la photographie azuréenne
trop tôt disparu
Un cinémascope trop étroit pour Gérardpierre
Dans les mouvements artistiques de la fin des années 70, à Nice et alentour, la photographie qui n'intéressait pas grand monde attira la curiosité des amateurs et des néophytes. Avant les expositions organisées par Cinéfoto, Krivy ou l'Arleri, entre un pôle pour les esthètes à la mode et un pôle de l'image documentaire et politique, parallèlement aux redécouvertes dues aux expositions temporaires dans les musées de la ville ou dans les MJC Gorbella ou Magnan, Gérardpierre fit la promotion de plusieurs tendances dans sa galerie Le Sténopée, rue de la Préfecture. A partir de 1977 et jusqu'à sa fermeture en 1985, il n'a cessé de renseigner le curieux, voire d'enseigner sur l'image photographique, parfois sur le trottoir où il continuait à commenter ce qu'il montrait. Les exposants furent divers et constituèrent une modeste encyclopédie de l'histoire du mode d'expression. Photographie littéraire, documentaire, esthétique ou expérimentale, la petite boutique du vieux-Nice fut une école ouverte directement sur la rue. Aux murs de sa toute petite galerie, Doisneau ou Raoul Hausmann, furent parmi les ancêtres éclairant les héritiers de Nadar. Cuchi White, Roger Thiery, Pierre-Hugues Polacci, Frédéric Swalek, Gérard Pillon, Frederic Meliani et Jean-Marie Cevasco, Michou Strauch-Barelli, Jack Gartioux, Leopold Fumey, Ripo, proposèrent des images du jazz, de gens simples, d'enfants sous l'objectif innocent, d'objets dans un contexte onirique, de découpes spatio-temporelles. André Villers fut lui aussi des rendez-vous et même au rendez-vous de l'amitié avec Gérardpierre, exposa ses portraits de Gilli (Ecole de Nice) et plus tard participa à l'action bicéphale – avec Ben Vautier – immortalisant le gérant du Sténopée en un individu absent, méditatif, comme sorti d'un film du genre fantastique. Ben Vautier s'engagea volontaire une nouvelle fois comme chasseur d'images, au cours d'un « safari » où les filles et les chahuteurs ne manquaient pas. Les négatifs sont encore quelque part, les tirages ressortent lentement des cartons sur lesquels les étiquettes des industriels semblent désuètes.
Pour autant, toute cette agitation qui venait d'une dynamique générale, dont la photographie profitait, quelques années avant ce fameux mois de Septembre qui la célèbre une fois l'an, – sur le mode « in » ou sur celui du « off » - n'intéressait pas outre mesure Gérardpierre, lequel développait et révélait en chambre noire ses propres visions intérieures, ses paysages à lui, sans personne ou presque. Les « cinémascopes » qu'il réalisa sont comme des chants funèbres dans le désert pour renaître à lui-même. Rares sont les tirages en vertical, et plutôt fragmentés en fenêtres rectangulaires. Sublimation du décollage, image fixe allongée à l'excès. Pierre : le vocable est dit dans la seconde partie de son prénom, cette pierre, cette roche, collée volontairement par lui au premier. Tout est montré ici de cette solitude, à travers les ressources d'un domaine du Fantastique qu'il explore inlassablement, par le jeu réduit de la lumière obtenue grâce à sa maîtrise du virage ou du développement partiel, avec la science d'un maître-graveur. « Virage » dont l'utilisation n'est plus celle qui propose l'enjolivement d'une scène ancienne ou d'un intérieur bourgeois mais qui est une invitation pour le spectateur à décoller, à partir vers l'ailleurs. Blocs réunis sur une jetée que nulle vague n'atteint, galets entassés au premier plan, horizons sans végétation – à peine un arbre au premier plan qui semble avoir échappé à une déflagration, coupoles d'observatoires aux astronomes invisibles scrutant une planète inédite, cycliste là bas au loin qui va disparaître derrière la ligne d'horizon. Dialogue permanent du photographe qui se sert de l'optique pour mieux la contourner, faire oublier la focale, afin de partir pour un autre espace-temps, dans une géométrie non-euclidienne. Un Hercule Seghers, quelques siècles plutôt, évacuait de ses estampes toute trace d'espèce humaine en nous restituant l'inquiétant paysage, défigurant la peinture flamande de genre au profit d'une vision intériorisée, exploration de maniaque. Même hypothèse pour Gérardpierre qui défigure les genres photographiques pour son « nouveau paysage ».
D'autres ont dit les difficultés qui furent les siennes, au quotidien, les dernières années de sa vie. Un père ex-aviateur et amoureux de la photographie aérienne et du vol à voile, est peut-être la clé, ce qui aura séparé le père Icare et le fils en état permanent de pesanteur. Entre la roche et le ciel, pas assez d'espace, le cinémascope était trop étroit pour vivre.
Denis Chollet
MÉDIATHÈQUE DE VENCE
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Tél 04 93 58 02 12
du 15 Octobre au 15 Novembre
mardi 14h-18h30
mer-vend 9h-12h et 14h-18h30
samedi 9h-17h
Vernissage : Vendredi 26 Octobre à 18h
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