Portraits sans titre / Yann Le Crouhennec
La photographie fait de longs détours. Elle tourne autour de son objet, le traque, le trouve parfois, hésitant entre ce qu’elle a toujours été et ce qu’elle croit pouvoir être. Naissent des dogmes, beaucoup de feux de pailles, quelques espoirs.
Les références à la peinture classique sont nombreuses chez Yann Le Crouhennec. Goya, Delacroix, Bacon. Mais n’attendez pas un catalogue de « peintures photographiques » à coups de maquillages, de déguisements, ou de prouesses techniques, comme on a pu le voir dans certaines expositions récentes (Cindy Sherman, Frank Horvat). Et d’ailleurs, ce que cherche Yann Le Crouhennec, ce n’est pas à revisiter l’histoire de la peinture à l’aide du médium photographique. Non, sa quête est plutôt celle d’une certaine qualité de lumière, une lumière qui suspendrait les choses entre apparition et disparition. Alors les peintres les plus actifs dans ses photos y seraient peut-être en creux, dans l’ombre, on ose à peine l’écrire, Rembrandt, ou Léonard de Vinci.
Il y a plus encore dans l’œuvre de Yann Le Crouhennec. D’abord, il y a l’utilisation du flou de mouvement, ce flou si spécifique à la photographie. Et ici, on est loin d’une conception de la photographie qui fixerait le présent pour l’éterniser : c’est même un renversement où le présent n’apparaît plus que par bribes, comme une sorte d’accident à l’intérieur du temps.
Mais le point essentiel tient peut-être en ceci : c’est en choisissant de positionner sa pratique photographique par rapport à un autre médium, la peinture ( comme si l’image photographique se vassalisait à l’image peinte ) qu’il s’approche alors au plus près de certaines spécificités du médium photographique. Et peut-être que, alors que nous nous attachons à la façon dont le mouvement brosse la figure, aux clairs-obscurs, aux ors et aux fauves, ce qu’il faudrait voir, c’est le fond, la fuite de la figure hors du cadre, ou son engloutissement dans la matière de la surface : cette pâte de réel, cette matière photographique, à la fois lisse et d’une profondeur insondable.
ANTIBES
Transartcafé, 6, rue Docteur Rostan. Tél. : 04 93 34 29 76.
Du mercredi au samedi inclus de 10h à 12h30 et de 15h à 19h.
Samedi 20 septembre – Vernissage à 18h
Jusqu’au 31 octobre
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