[ EXPOSITIONS ]

 

Femme allongée/ Catherine Chantilly

 

Femme allongée

La femme qui dit oui

Oui à la vie

oui au bonheur

oui à la mort

 

 

Femme allongée

Gisante

Offerte

Passive

Aimante

Horizontale

Je m'allonge

Sur une route

Une rue

Un trottoir

Un chemin

Un pont

Un parking

Un aéroport

Un centre commercial

Une église

Une décharge

Un bateau

Un cimetière

Je m'allonge

Sur le monde

Femme allongée

Je m'abandonne

Ma verticalité

Un homme

L'amour

Je m'allonge

La vie le bonheur la mort

 

 

Les artistes

Catherine Chantilly est née en Auvergne. Elle a fait l'école des Beaux-Arts, produit différents évènements artistiques et développé une maison d'édition. Elle a vécu à Paris, en Californie, et en Suisse. Elle travaille actuellement au Brésil comme réalisatrice de film.

 

Jean-Yves Béziau est Franco-Suisse. Chercheur en logique et en philosophie il travaille dans le monde entier pour développer ses recherches notamment sur la logique universelle. Il est également photographe, son travail photographique s'articule autour de ses recherches universitaires sur le symbolisme explicite. Il a exposé en Chine, en France et en Suisse.

 

Entretien de Catherine Chantilly avec Sophie Taam

Quand et où t'es-tu allongée pour la première fois? Raconte les circonstances, comment est venue cette idée?

Il y a  eu deux première fois

Une première fois à Lyon dans ma maison c'était à l'intérieur

Je me suis allongée à même le sol de mon entrée, là, par terre gisante sur le marbre. Mon mari, j'étais encore mariée à ce moment, comprenait pas ni ma fille

J'étais là immobile, je bougeais pas dans l'appartement, j'attendais je ne sais quoi ou plutôt je n'attendais plus rien

Ce n'est pas une idée 

C'est bien autre chose

Un acte de survie

Un geste impératif

Une libération

Un abandon

Un stop

Un arrêt

Un lâcher prise obligatoire

La seconde première fois fut en Suisse à Neuchatel dehors sur une place publique le corps au vent et au froid c'était l'hiver ce fut un grand choc

posée sur le sol, un sol que tout le monde foule des ses pieds sans vraiment s'y arrêter je me suis allongée sur le froid béton et j'ai regardé le ciel

J'ai senti l'abandon total

L'harmonie retrouvée entre le ciel et la terre dont j'étais une sorte de trait d'union

Un abandon et une confiance en la vie impérieuse et obligatoire

 

Pourquoi  photographier cet acte?

Au départ c'était juste un geste mais je sentais qu'il fallait que cet acte se prolonge en dehors de moi qu'il s'inscrive ailleurs que dans mes cellules qu'il soit visible non pas pour faire passer un message mais pour qu'il me dépasse moi-même

J'ai demandé à Jean-Yves mon compagnon mon homme de ma vie de me prendre en photo

comme une protection comme un ange qui garderait ma présence au sol

il devenait celui qui permet celui qui s'allie afin que je m'allonge que je m'abandonne

cet homme qui sert la femme dans son grand abandon au monde afin qu'elle puisse se réaffirmer dans son être féminin

un être féminin aimant compatissant doux fort et glorieux

une alliance avec l'être masculin

la grande alliance de l'amour

Pour moi il n'y a pas de féminin sans masculin

Ces photos sont un hommage à l'amour c'est mon histoire avec Jean-Yes avec lui je suis allée dans le monde entier ce fut une fête et une grande réconciliation

 

Un autre volet de ton travail artistique consiste à filmer des philosophes. Pourrais-tu nous expliquer ta démarche?

Je travaille pour un centre de recherches au Brésil et je filme avec Jean Yves qui est philosophe et logicien les philosophes dans le monde. Nous allons à la recherche des philosophes vivants les plus connus dans le monde et nous les filmons afin de rendre compte d'un état des lieux de la philosophie actuelle dans le monde. Ça c'est le projet initial que nous avons étendu à la philosophie en général on s'est aperçu que les philosophes les plus connus dans le monde ce n'était pas si facile à trouver.

Je filme les philosophes et je les interroge parfois je leur laisse la caméra et leur demande de me filmer en train de leur poser mes questions. J'essaie de faire des films différents afin que tout public puisse avoir accès à la philosophie. Le résultat n'est pas forcément formel, il faut que la liberté d'expression filmique puisse s'exprimer et servir la réflexion philosophique. Ce qui m'intéresse dans ce projet c'est d'avoir accès au philosophe et qu'il me parle de la vie des questions existentielles  et toutes ces manifestations. J'essaie d'aller dans son coeur afin qu'il puisse y avoir une vraie connexion.

C'est un travail qui demande la patience car il faut s'immerger dans le monde du philosophe connaître son travail (ce en quoi Jean-Yves est utile) et puis il faut aussi qu'une rencontre ait lieu ce qui n'est pas toujours le cas au premier abord. Il faut parfois revoir le philosophe plusieurs fois afin qu'une vraie communication s'établissent. C'est le plus difficile car je ne veux pas faire un film froid et didactique.

 

Parle-nous de  ton livre "Le bruit de mon sang, je rêve de gloire assise dans mon fauteuil" qui parait aux éditions incognito à l'occasion de ton vernissage.

Le bruit de mon sang je rêve de gloire assise dans mon fauteuil je l'ai commencé il y a presque dix ans ici à Nice lorsque j'y vivais. J'étais dans l'obligation d'écrire pour sortir les choses de moi. Le bruit de mon sang je rêve de gloire assise dans mon fauteuil je l'ai fait il existe et s'il vit ça ne m'appartient plus. C'est une libération de passer à autre chose. Pour revenir à ce livre c'est un texte qui veut dire la réalité impossible à vivre telle qu'elle se présente en ce monde.  Ce livre a été écrit en plusieurs temps, le premier temps à Nice ensuite Lyon ensuite le monde. Il est le résultat d'une lente maturation impérative et nécessaire. Il est aussi l'histoire d'une rencontre fulgurante avec les éditions Incognito qui ont décidé de soutenir ce texte.

© Sept'off (1999-2008) toute reproduction interdite sans autorisation préalable des auteurs - @rtsudcom.fr