[ EXPOSITIONS ]

 

 

CLAUSTRATION / Alain Sabatier

 

 

Les photographies couleur présentées dans cette exposition ont été réalisées en 1965. Elles ont été projetées en 1967 à la Columbia University et au Museum of Modern Art de New York dans une séance fondatrice organisée par John Szarkowski, intitulée « Recent Color ».

Comme l’a souligné Nathalie Boulouch en 2007 dans son article intitulé Les passeurs de couleur (Études photographiques n° 21) « la couleur a toujours été l’invitée indésirable de la photographie ».

En effet dans les années 60, la référence en matière d’art photographique est le noir et blanc. Il faut attendre 1976 et l’exposition de William Eggleston au MoMA pour que la photographie couleur commence dans sa dimension artistique à être véritablement valorisée à la hauteur du noir et blanc.

Une dizaine d’années sépare ainsi la projection d’Alain Sabatier et l’exposition d’Eggleston dans ce même musée. Le travail d’Alain Sabatier, bien que légitimé devant un grand public grâce à la reconnaissance immédiate du directeur du département de la Photographie, était précurseur mais fugace par le fait même de la projection.

Une lacune de l’histoire de la photographie en couleur reste donc à combler quant à sa généalogie.

Certes, le choc de la couleur - ou son absence délibérée en nuances de gris colorés qui évitent le noir et blanc, les cadrages parfois ouverts ou totalement fermés, le jeu des espaces, les références lucides ou instinctives à l’art du XXe siècle («  Fence” de Paul Strand, “Porte-fenêtre à Collioures” de Matisse, “Au château Lacoste” de Toyen, etc) sont autant de questions esthétiques posées à la photographie. Questions travaillées à même les matériaux (portes, murs, fenêtres…) comme substrats enracinés dans une dimension ethnologique intérieurement vécue.

Il serait cependant stérile d’en faire une analyse strictement rationnelle, de décortiquer les images au scalpel pour comprendre quelles sont leurs significations. Il est plus enrichissant de nous réunir dans leur expression subjective. Il serait inadapté de mettre des mots sur ces images car le discours est toujours réducteur : l’image ne précède-t’elle pas indéfiniment le langage ? Laissons les images de Claustration pointer les archétypes enfouis au fond de nous-même et en libérer l’expression silencieuse et poétique.

Jacques Penon

 

 

 

 

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