Cette exposition ne reviendra pas sur l'actualité qu'a connue la Tunisie tout le long de ce début de l'année, mais uniquement sur ce qu'un Tunisien, ayant entre ses mains un appareil photo a vu. Toute la nuance est là, les photographies ne sont qu'une trame autour de laquelle on pourra composer diverses histoires.
Extrait du blog d’Hamideddine Bouali
Tribune de Hamideddine Bouali pour parler de photographie... Son histoire et son actualité, depuis Tunis.
http://du-photographique.blogspot.com
Depuis le 13 janvier j'ai quotidiennement photographié, Tunis, puis Sidi Bouzid, me prenant pour un reporter, c'est-à-dire ayant une mission à accomplir : rendre compte, et un crédo : la vérité. Je n'ai jamais autant photographié, jamais été face à une histoire qui se fait, jamais eu si peur, jamais été si exalté ...Jamais été si vivant !!! (22 février 2011)
J’ai aussi, longuement, parlé de mes peurs à l’approche de l’année 2011, qui coïncidera avec mes 50 ans. Mezzo camino à la Dante Alighieri ! Que pourrait mieux souhaiter un photographe comme cadeau d’anniversaire pour ces 50 ans, qu’un événement planétaire à portée de main, j’allais dire sur le pas de la porte ? Aux lendemains de la date de mon anniversaire, je me suis trouvé nez à nez avec un sujet de photographie dont je n’ai décidé ni de l’heure ni de l’endroit ! Il fallait être témoin, rendre compte de ce que je voyais… (...)
Cette révolution n’est ni de jasmin ni celle de la jeunesse. C’est bien dans les régions arides qu’elle s’est déclenchée et sans les années de combats de tous les patriotes de tout bords, syndicalistes, politiques artistes et citoyens qui depuis des décennies se sont opposés au régime, chacun avec ses moyens, que l’opinion publique et la volonté de passer aux actes a pu avoir lieu. Nous n’avons pas le droit d’oublier les forums politiques des campus universitaire, les insurrections bâillonnées dès leur naissance ainsi que les prisonniers politiques qui ont croupi des dizaines d’années dans des prisons oubliées. (...)
Aujourd’hui ce réseau social a permis de dévoiler chacun d’entre-nous. Certains plongèrent dans une panique contagieuse, d’autres, téméraires et héroïques, ont sonné le tocsin dès décembre 2010, mais la majorité se contentait de partager les premières images d’un carnage sans précédent dans nos contrées. A Sidi Bouzid, à Kasserine et Thala on assassinait des Tunisiens parce qu’ils réclamaient un emploi ou une amélioration des conditions de vie.
Cette Tunisie longtemps cadenassée, quadrillée par une police en uniforme et un autre fantôme, invisible et omniprésent qui faisait régner une terreur moyenâgeuse, se retenait plus qu’il n’en fallait. Ce qui était un mouvement social devient une insurrection à cause des manières brutales du régime. Facebook se transforma à la fin de l’année en un moyen d’information crédible, un nouveau parti politique, une tribune de fortune, un Hyde Park aussi grand que la Tunisie.
Qui aurait pu imaginer, ou même rêver, que le régime de Ben Ali allait aussi rapidement s’effondrer ? (...)
Un janvier rouge sang
Je prenais connaissance des dates des manifestations en ce début de janvier par l’intermédiaire de facebook, j’y allais avec mon sac photo et je n’osais pas sortir mon appareil photo, la peur au ventre d’être matraqué et l’inexpérience de ce genre de photographie m’ont empêché de le faire. Facebook était utilisé par les manifestants mais aussi par les renseignements généraux qui transmettaient aux forces de l’ordre le lieu, la date et le nombre estimé de participants. Sur place on pouvait facilement localiser le cantonnement de la police anti-émeute faussement installée dans des bus jaunes de la société de transport public, moins visibles que les fourgons bleus de service, mais, qui pouvait deviner l’intention qui se cachait derrière les milliers de personnes circulant à Tunis ? Souvent, il me semblait que les agents de l’ordre, tous corps confondus, dépassaient de loin la masse des badauds et potentiels manifestants...peut-être à cause de la peur !
Mais le fait de regarder la manière dont les forces de l’ordre quadrillaient les lieux, de visualiser la meilleure manière de partir avant que cela ne se gâte ainsi que les meilleurs emplacements pour faire des photos ajoutées à ma bonne connaissance de la géographie de Tunis m’ont été d’un grand secours pour les jours suivants. (...)


